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Les dernières confidences d’Ablaye Mbaye : «J’ai conscience de mon retard dans la musique… Il y a le talent, le mérite, le travail, mais le destin compte tout aussi.»

L’OBS – Micro collé à la bouche, lunettes noires fixées sur les yeux, il bouge comme un forcené sur l’estrade. Il faut remonter quelques dix années en arrière pour pouvoir se projeter cette image. Celle d’un jeune-homme, non-voyant, amoureux de la scène. C’est Ablaye Mbaye, dans ces années de gloire, à l’époque où ses chansons comme «Yaye mag na» ou encore «Sa dome», en featuring avec Youssou Ndour, passaient en boucle sur les antennes sénégalaises. Pour le spectateur quasi transi devant ses interprétations, ce n’est hélas plus qu’un joli souvenir. Le chanteur n’a plus l’aura de ses débuts, mais n’en est pas pour le moins un prince déchu. Dans son coin, il se bat pour remonter la pente et revenir sur les rails du show-biz. Toujours dans le coup donc, il fait face à L’Obs, pour un diagnostic de sa carrière… C’était il y a quelques mois à peine. Aujourd’hui qu’il n’est plus de ce monde, nous avons choisi de vous plonger dans ses dernières confidences.

 

Le retour après 10 ans sans album…

«La musique et moi, c’est une histoire sans fin. Même si c’est en toute discrétion, je poursuis ma carrière. Maintenant, il est vrai que je suis resté 10 ans sans mettre à la disposition des Sénégalais, un album. Mais cela ne saurait tarder, je ne veux pas m’avancer sur des dates. Je trouve que l’effet de surprise est mieux, d’autant plus qu’on n’est jamais assez prudent. On peut être soumis à des contraintes ou à des imprévus et faillir à sa parole. Notez cependant que je suis dans les dispositions de sortir un opus et il viendra à son heure. Il faut également  préciser que durant cette période, j’ai quand-même beaucoup bougé à l’étranger. J’ai travaillé en collaboration avec des professionnels du secteur dans des projets musicaux qui, malheureusement, n’ont pas atteint nos frontières. Dans la même veine, j’ai enregistré un Maxi de 4 titres qui n’était pas destiné à la vente. C’était dans le but de sensibiliser sur des phénomènes comme les mariages et grossesses précoces. C’est un thème qui me tient très à cœur et qui est toujours d’actualité, malgré tout le travail de sensibilisation qui a été abattu dans ce sens. Les jeunes filles continuent d’être jetées en pâture, alors qu’elles n’ont ni l’âge, ni la maturité qu’il faut pour se marier ou porter des enfants. Une telle situation non seulement leur porte atteinte, mais surtout hypothèque leur avenir. Leurs études sont rangées aux oubliettes et, le plus souvent, elles ne consentent pas à s’unir. Et dans ce même registre, j’ai parlé du planning familial. J’estime que c’est un sujet très important. Il faut que les femmes puissent espacer les naissances pour permettre à leurs enfants de mieux s’épanouir. Les relations sexuelles entre élèves aussi font partie des thématiques dans l’album. Je pense que cela contribue à régresser le taux de réussite scolaire. Il est grand temps que l’on crève l’abcès et qu’on n’y mette un terme. Dernièrement, j’ai repris les répétitions avec mon groupe. J’ai pris les choses en main, de telle sorte qu’il n’y ait plus de rupture entre mon public et moi.»

 

Expérience et maturité

«J’ai peut-être reculé dans les sondages, mais j’ai beaucoup gagné durant ces dernières années. Je peux même dire sans risque de me tromper que je préfère le Ablaye Mbaye des temps de galère, plutôt que celui des années de gloire. Il y a dix ans en arrière, je commettais certaines erreurs que je ne me permettrais plus. J’ai vraiment grandi et accumulé de l’expérience. Je connais mes objectifs et je sais maintenant qu’il y a des actes à poser pour les atteindre. Dorénavant, je sais où mettre mes pieds. Chaque artiste rêve d’être au sommet de son art et lorsqu’on descend brusquement de son piédestal, on se fait forcément mal. Ce n’est certes pas agréable à vivre, mais je ne regrette absolument rien. En un moment donné, j’ai choisi de me concentrer sur ma carrière à l’étranger et j’ai perdu du terrain au Sénégal. Comme le dit cet adage, «on ne peut pas courir deux lièvres à la fois». Je l’ai bien appris à mes dépens et j’entends reprendre du poil de la bête. C’est pourquoi, j’ai mis sur pied une nouvelle stratégie, un nouveau plan de carrière. Heureusement, je suis aussi de bonnes personnes, comme Mame Coumba Diop (une amie et conseillère), qui ne ménagent aucun effort pour me hisser au sommet. S’il plait à Dieu, d’ici fin 2016, tout cela prendra forme. Youssou Ndour m’avait dit, lors d’un concert qu’il donnait à l’Olympia, il y a quelques années, de tout faire pour retourner aux sources, à ma base qui est le Sénégal. Il m’a demandé de revenir au pays et de marquer mon territoire, malgré le fait que je sois en train de tenter ma chance en France. Un conseil que j’ai pris pour argent comptant et que je tente de mettre en pratique.»

 

Un retard à rattraper…

«J’ai bien conscience que j’ai du retard dans la musique au Sénégal. Seulement, je reste positif en toute circonstance. C’est le Bon Dieu qui a tracé ce chemin là pour moi. Les  artistes de ma génération qui sont actuellement au-devant de la scène ou même mes cadets, je les félicite pour le combat perpétuel qu’il mène. Cela ne me frustre nullement, car je suis avant tout un bon croyant. Ma conviction est que mes collègues artistes qui font actuellement la pluie et le beau temps, ne sont pas forcément les meilleurs chanteurs. Mais Dieu l’a voulu ainsi, qu’ils soient devant et drainent des foules lors de leurs spectacles. Il y a le talent, le mérite, le travail, mais le destin compte tout aussi. De plus, dans la musique, ce n’est pas parce qu’on a perdu une bataille, qu’on a perdu la guerre. Quand on perd un combat, on doit se ressaisir, apprendre de ses erreurs pour pouvoir repartir sur le pied. De la même manière, je demande à ces chanteurs qui ont le vent en poupe actuellement, de ne pas tomber dans le piège qui a fait couler bon nombre d’entre nous.»

 

Le défaut de producteurs, la piraterie, ces handicaps

«Il faut aussi reconnaître que le défaut de producteurs au Sénégal est notre principal handicap. Les producteurs se comptent sur le bout des doigts et plus personne ne veut prendre le risque d’investir ses sous pour réaliser un album. Les pirates ne sont jamais bien loin pour réduire en miettes le travail de plusieurs années, l’inspiration d’une vie. C’est franchement désolant. Et si on veut s’autoproduire, c’est d’autant plus difficile. Pour réunir les fonds nécessaires, il faut compter sur la collaboration de partenaires. Et parfois, même si on y parvient, on fait face aux problèmes de communication. Sans un plan de communication, on risque de se brûler les ailes. Il n’y a rien de plus frustrant que d’investir dans un album et qu’il passe inaperçu.»

PAR MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU

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